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Veronique - Pacific Crest Trail Journal - 2010

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Edelweiss
City: Chambery
State: Savoie
Country: FRANCE
Begins: Apr 13, 2010
Direction: Northbound

Daily Summary
Date: Sun, Jul 25th, 2010

Journal Stats
Entry Visits: 933
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Guestbook Views: 7,285
Guestbook Entrys: 71

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Pacific Crest Trail Map

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Timothy lake

Timberline

Vendredi 23 juillet

J'aime profondément marcher seule mais je regrette ma fine équipe du massif des Sisters : le grand Bob très British, prévenant, d'une extrême gentillesse qui, même cracra, gardait un look propre et élégant ; Brad, la tignasse brune et la barbe rousse, qui roulait ses cigarettes, nous attendant au détour du chemin avec un éclatant sourire ; Marcy, sa voix douce et ses yeux clairs, toujours inquiète et Barbara enfin, si courageuse sur ce chemin, souriant de toutes ses petites misères. Ils me manquent tous les quatre. Dans la forêt, j’avance sur un sentier facile entre 1500 et 1200m. Je découvre des lys magnifiques, blancs ou mauves. J’atteins un grand lac, le Timothy lake. Sur la rive opposée, des campings, des mobiles homes, des bateaux, des pédalos et de mon côté, juste le trail désert. Je m’assois pour une pause et, tentée par une baignade, j’entreprends un déshabillage, je commence par ôter mes chaussures, quand une troupe d'ados surchargés de gros sacs arrive... Ouf, quelques minutes plus tard et j'étais à poil. C’était le violon à tous les coups, ils sont tellement prudes par ici. Les jeunes s’asseyent, fourbus et leur guide, Karen, vient me parler. Ces gamins de quartiers difficiles sont volontaires pour faire un stage de quelques jours dans la « wilderness ». Selon leur force, ils sont répartis en petits groupes, qui tous, vont se rejoindre dans la montagne. Entre temps, ils auront transpiré sacs au dos. Lors de ce stage ils passent 24h entièrement seul avec le minimum pour survivre. D'après Karen, ça marche et une majorité rentre au bercail la tête un peu plus d'aplomb sur les épaules. J’ai prévu d’avancer suffisamment pour atteindre Timberline lodge demain en fin d'après-midi mais je réalise que nous sommes vendredi et que le lodge est certainement complet pour le week-end. Je freine des quatre fers pour ne faire que 24 km, autant demain et arriver à Timberline samedi soir, ou dimanche matin pour le brunch. J'entends parler de ce lodge depuis Campo, certains le trouvent « fantastic » pour d'autres il ne vaut même pas le détour... Je monte la tente près du Little Crater lake et vais le découvrir à pied. Le petit lac tout rond, n’a pas plus de 15m de diamètre mais est très profond, d'une couleur bleu piscine. Je discerne parfaitement les troncs et branches accumulés au fond. Je retourne en flânant vers mon campement où m’attendent mes nouilles chinoises mises à tremper à mon arrivée.

Samedi 24 juillet

5h30 : bruits de pas, éclats de voix, apostrophes... quel tohu-bohu dans la wilderness ! Je regarde à travers la moustiquaire et vois passer des gallons d'eau, des cartons, des glacières... A travers la toile de ma tente, j’interpelle les porteurs de bidons sur ce trafic matinal : « désolés de vous réveiller, nous installons le premier ravitaillement du 50 miles ». Je m’imaginais loin de tout, mais une piste mène au Little Crater lake et les bénévoles de la course arrivent en nombre. Je sors vers 6h et vois passer les premiers coureurs. 50 miles c’est presque deux marathons… Ils empruntent le PCT sur 25 miles aller et retour. Je suis surprise par le nombre important de femmes, incroyable, presque la moitié. Et même quelques grassouillettes. Les coureurs sont déjà sur leur trajet de retour. Le PCT est étroit et je saute sur le côté à leur passage. Ils ont déjà une soixantaine de kilomètres dans les jambes et semblent encore frais comme des gardons, me saluant de « happy trail », « good morning », « how are you today » etc. Chapeau ! Je presse le pas vers la Timberline lodge et j’imagine déjà la mousse de la bière glacée humectant mes lèvres quand j’arrive à une route… je ne comprends plus rien, je devrais être au lodge ! Un promeneur m'aide en me précisant l'endroit exact où nous sommes : la route 26, je me croyais au-delà de la 35, j’ai sauté allègrement une page entière de carte. Il me reste plus de 10 bornes et 500 m de dénivelés : l'horreur ! Distraite par la course, je me suis joué une très mauvaise blague. Je trouvais bien que les miles défilaient vite ce matin. J’avais bien remarqué que le chemin ne correspondait plus trop à la carte : il descendait au lieu de monter… mais quand on rêve de bière sous la chaleur… Ma bière fait aussitôt un grand bon en arrière. Je suis tellement furax d'être aussi bête que j'avale les miles à toute vitesse, sauf le dernier, qui grimpe dur dans le sable. Un pas en avant, deux en arrière et la bière itou ! J’aperçois enfin le lodge, une énorme bâtisse au pied des glaciers du Mont Hood, cernée d’une cohue de voitures de week-enders. Je dresse ma tente entre deux sapins, juste au dessus du luxe et je cours vers le lodge, déshydratée et assoiffée. Un vrai labyrinthe, des salles par-ci, des magasins de skis par-là, une ville fourmillante mais point de bière. Le restaurant est occupé par une réception de mariage et le café à l’étage inférieur par une party. Miraculeusement, dans un recoin, après un dédale de couloirs je trouve un petit bar et une grande bière ! J’avale une pizza, lessivée avec une autre bière. Le bonheur tout simplement. Sur la terrasse à l'extérieur, face aux pistes de ski, ou plutôt à la piste de ski où travaillent les dameuses, j'écris mon journal en regardant les derniers skieurs.

Dimanche 25 juillet

5h30 du matin... Broum broum, ce ne sont pas des bidons d'eau qui se promènent mais les dameuses qui commencent leur ballet sur les pistes de ski. Je suis maudite ! Tranquille dans la nature et malgré tout, emmouscaillée par la civilisation. Le soleil se lève pile dans l'axe de ma tente et à 6h j’étouffe déjà. À 7h pile, je piétine à la porte du restaurant pour le petit déjeuner mais il n'ouvre qu'à 7h30, zut ! Je prends un café au distributeur et m’assois, en attendant, dans un fauteuil sur la terrasse. Un quadra matinal, Sam, en mal de compagnie, vient me faire la causette. Au cours de notre conversation, il me dit, en regardant le Mont Hood : « avec la forme qu'il a, on jurerait que c’est un volcan » ! Ils ne sont pas doués en géo les Américains, mais là, c'est chez lui quand même ! L'ouverture du restaurant m’évite d'en entendre plus. Lydia, la serveuse, me propose une table et lorsqu’elle apprend que je suis française, elle me dit que sa mère l'était aussi. Encore une qui avait épousé un soldat américain en garnison chez nous. Mais elle n'avait que quatre ans quand sa mère est morte et ne se souvient plus de sa langue maternelle. Heureusement que de Gaulle a fichu les Américains dehors, ils seraient tous repartis avec nos mamans. Pour 15 dollars le buffet est excellent, un cuistot fait des omelettes avec de multiples ingrédients au choix. Le paradis du hiker affamé. J'engouffre des œufs au bacon, des pancakes aux myrtilles avec sirop d'érable chaud et beurre battu, du jus d'orange frais pressé, du fromage pas bon, des sablés aux framboises, des feuilletés aux amandes et une grande coupe de fruits. J'avais prévu de m'approvisionner au lodge, pensant qu'il y avait un magasin, mais ce ne sont que des boutiques de sport et de ski. Il ne me reste pour les prochains jours que deux sachets de nouilles. Alors en bonne franchouillarde, je pille le buffet pour mes futurs petits déjeuners, lunch et pauses. Heureusement, je suis dans un coin de la salle et il n’y a pas encore trop de monde. Quand je quitte l’hôtel, des hordes de skieurs sortent de leur voiture, c'est dimanche… Le chemin court au-dessus de la « timberline » (limite de la forêt) et la vue vers le Mont Jefferson émergeant au loin est remarquable Je passe sous des télésièges et je poursuis dans la forêt par une très longue descente. Je découvre par surprise la Sandy river et je dois enlever chaussures et chaussettes pour traverser. Je me mets en amont d'un tronc jeté en travers de l'eau, le courant est si fort que je dois m’agripper fermement. J'ai juste relevé le bas du pantalon et je prends un bon bain de siège, le lit de la rivière est nettement plus profond que ce que je croyais. Le trail longe des cascades, les Ramona falls et beaucoup de promeneurs du dimanche sont en balade. J'allais attaquer une belle montée quand une mamie permanentée comme un mérinos me demande de l'aide. Elle promène ses deux toutous mais les petites bêtes sont fatiguées et ne veulent plus avancer. Ce sont deux petites horreurs, basses sur pattes, le poil ras avec de grandes oreilles pointues. La pauvre ne voit même pas que j’ai un sac à dos. Elle gémit sur ses chiens. Je cherche du regard d'autres promeneurs, personne en vue. Bien ma chance. Je cache mon sac dans un fourré et j’accompagne Ruth jusqu'au parking. Elle me donne à porter la moins hargneuse des deux chiennes mais c'est encore une sacrée teigne, elle gronde, la mâchoire serrée et je ne suis qu’à moitié rassurée. Les Américains sont si gentils avec moi que je me dois d’être généreuse comme eux. Ruth est veuve depuis peu et est inconsolable, ça arrive… Elle faisait souvent cette promenade avec son mari et les chiennes, mais les bêtes ont vieilli. Arrivées au parking, je pose vite le toutou et repars sous des « God bless you » sincères. Et voilà comment j’ai marché deux miles de plus avant la montée au Lolo pass. Je suis installée juste après le col, sur le chemin, pas un seul coin plat aux alentours. 30 km hier, autant aujourd'hui. Je vais encore bien dormir.

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Sur Les Cretes Du Pacifique

Veronique Edelweiss
Qui n'avance pas.... recule !

 

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