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Veronique - Pacific Crest Trail Journal - 2010

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Edelweiss
City: Chambery
State: Savoie
Country: FRANCE
Begins: Apr 13, 2010
Direction: Northbound

Daily Summary
Date: Wed, Jul 28th, 2010

Journal Stats
Entry Visits: 791
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Guestbook Views: 7,286
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Pacific Crest Trail Map

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Mont St Helens

Etat de Washington!

Lundi 26 juillet

Bien qu’installée au beau milieu du chemin, je m’autorise une petite grasse matinée pour compenser les levers matinaux des derniers jours. Le chemin continue sa longue descente, avec des hauts et des bas, vers la Columbia river qui sépare l’Oregon du Washington. Partie du Mont Hood à 2000 m avant hier, ce soir ou demain je serai au point le plus bas du PCT, à 300 m environ.Le chemin est très bien entretenu, les herbes et les branches fraichement coupés, les trous bouchés, ça sent l’équipe de maintenance et, en effet, je la rencontre après quelques kilomètres. Encadrés par deux adultes du service des forêts, ils sont une demi-douzaine de jeunes volontaires à gratter le sol, charrier des pierres et construire des murets. Je suis la première thru hikeuse qu’ils voient et je suis bombardée de questions avec de grands sourires et des compliments. Je les félicite pour le boulot, c’est vraiment agréable de ne pas avoir à se battre avec les troncs renversés et les branchages dans la figure. Nous sommes sur une crête d’où l’on voit trois gros volcans blancs émerger du paysage, j’ai repéré le plus près, à l’est, le Mont Adams, mais je me demande quels peuvent être les deux autres. Quand ils m’indiquent que ce sont le Mont Saint Helens et le Mont Rainier, j’éclate de joie... le Mont Rainier, mais il est juste avant la frontière canadienne (enfin presque), et pour la première fois, je sens que cette longue marche va finir un jour, je peux quasi visualiser le bout du trail ! Je vais voir le Mont Rainier pendant des jours plein nord, plein ouest puis sud. Ce volcan est le baromètre des habitants fatalistes de Seattle: « quand on voit le Mont Rainier c’est qu’il va pleuvoir, quand on ne le voit plus c’est qu’il pleut ». Le mois d’août est le mois le plus sec dans le Washington, j’espère en profiter. Je vais découvrir que c'est plutôt le moins mouillé. Depuis quatre jours je n’ai pas vu un moustique, je ne disais rien pour ne pas me porter malheur mais en un instant, je suis entourée d’un nuage qui vient de je ne sais où. Le temps de dégainer ma bombe de Deet, ils m’ont dévoré les oreilles, instantanément transformées en choux fleurs, je garde mon escorte une heure à peu près et pschitt, tous partent d’un seul coup ! Pour rejoindre Cascade Locks, la ville où je veux m’approvisionner demain, je choisis une variante au PCT, le Eagle creek trail (chemin de la rivière de l’aigle). Ce chemin passe dans des gorges et de nombreuses cascades se précipitent des falaises. C'est « le plus grand site de cascades des EU », et sur mes cartes il est indiqué de ne pas louper ce chemin, « spectacular ». Pour descendre dans les gorges, le chemin est si pentu que mes genoux couinent de douleur et j’atteins le fond d’une gorge, exténuée. Je suis enfin au frais mais déçue par le site, des petites cascades comme chez nous, rien à voir avec les chutes du Niagara. Le trail passe derrière la plus grande, à mi-hauteur, à travers un petit tunnel creusé dans le basalte, rafraichissant… Je croise beaucoup de promeneurs venus prendre le frais au milieu des fougères et des pins. Pas facile de trouver un endroit plat pour ma tente dans des gorges, entre falaises et chemin ... mais ça y est, je suis installée dans mon petit cocon douillet après 35 km de marche.

Mardi 27 juillet

Je dévale les derniers kilomètres dans les gorges avec la perspective d’un super breakfast à Cascade Locks sur la Columbia river. Arrivée à la highway, il reste 5 km pour rejoindre le bled, je n’ai pas envie d’arpenter le goudron et je me poste sur la bretelle qui mène à l’autoroute pour faire du stop. À cette heure-là, les voitures roulent dans l’autre sens pour aller voir les cascades si spectaculaires. Après un bon quart d’heure, j’aperçois une reluisante voiture verte arriver doucement vers moi et je gesticule le pouce en l’air. Elle se gare à mes côtés, sur la portière je lis « sheriff » et, naïvement, je pense faire un petit tour en voiture avec le flic. J’ai tout faux ! Un immense gars en uniforme impeccable, crâne rasé, l’air pas commode sort. : « Vos papiers », en rigolant je lui sors mon passeport et lui demande si je vais tout de suite en prison. « Madame, dans l’Oregon il est interdit de faire de l’auto-stop sur les highways », je m’abstiens de lui répondre que je ne suis encore que sur la bretelle d’accès. Il sort un calepin et prend son temps pour recopier intégralement identité, date, numéros etc. « Je pourrais vous infliger une amende de 3000 dollars, mais aujourd’hui je vais être gentil, filez et que je ne vous retrouve pas par ici ». Je reprends mon passeport et je file... vite vite, tant pis pour le goudron. Parallèle à la highway, je déniche une petite route agréable qui conduit à Cascade Locks, elle est couverte de mousse sur les côtés, toute douce sous mes semelles, pas si mal finalement. J’arrive à Cascade, trop tard pour le breakfast. Ça m’apprendra à me jeter dans la gueule du loup ! Cascade locks est une charmante bourgade (une highway etc.) et je trouve un motel au bout de la ville. Tim m’accueille et je lui déclare que je ne prends une chambre que si je peux utiliser un ordinateur. « Pas de problème, passez derrière le comptoir, utilisez celui de l’hôtel, je ne m’en sers jamais ». Devant tant de gentillesse, j’abuse en lui demandant s’il n’a pas un-t-shirt à me prêter pendant que je fais ma lessive et il me passe une chemise à lui, toute belle et bien repassée. Le motel, bon marché, est du genre déglingué : des chambres sont en travaux, les rideaux dégringolent, la douche gicle partout, les poignées de porte pendent... mais Tim est un amour. Tim est d’origine asiatique, il avait un bon boulot d’ingénieur en électronique à Portland quand il s’est retrouvé au chômage. Encore tout décontenancé, il me dit que c'est la première fois que ça lui arrive et qu’il souffre de ne plus apporter argent et confort à sa famille. Alors il aide un copain, le propriétaire de l’hôtel, en tenant la réception et en repeignant les chambres en attendant impatiemment la fin de la crise. Il a un garçon et une fille surdoués pour la musique, le fils compose également. « On ne comprend pas avec ma femme, nous ne sommes musiciens ni l’un ni l’autre » ! Il me montre sur Youtube un extrait où son fils de 13 ans joue du Chopin au festival de Portland. Il a les larmes aux yeux quand il me raconte que, quand il n’a plus pu payer les cours de musique, les professeurs ont continué gratuitement, vu les dons de ses enfants. Le motel est habité, depuis avril, par quelques pêcheurs de saumons qui viennent pour la saison pêcher dans la Columbia river. Je discute avec Rudy, un mexicain du Texas, qui travaille avec son fils. Ils se font 90 000 dollars pendant ces quelques mois. Mais la rivière est dangereuse et l’année dernière deux pêcheurs sont morts noyés malgré leur gilet de sauvetage. Dans l’après-midi, un jeune couple de hikers arrive et Tim vient aussitôt me chercher. Jason et Cassandra sont partis de la frontière canadienne vers le 20 juin et la neige ne les a pas trop dérangés. Je ne sais plus à qui me fier, certains ont dû sauter des sections, d’autres sont repartis carrément vers le sud et ceux là trouvent que tout baigne ! Je verrai bien en route. Je reste une bonne heure à bavarder. Ils sont mariés depuis 5 ans et font des boulots saisonniers d’encadrements de jeunes, soit au ski, soit l’été dans des colonies de vacances. Ils sont libres comme l’air et ils font le PCT avant de s’installer pour de bon et commencer à se faire un plan retraite et des enfants. Ce soir, j’espérais manger un bon morceau de saumon, mais, dans les deux restos du coin, c'est pizza ou hamburgers comme toujours. Je choisis pizza et grande bière. A la table à côté, un marcheur engouffre une pizza aussi grande que la table et, entre deux bouchées, il me demande si je suis Edelweiss ! Il a rencontré Jessica, la cheftaine de l’équipe de maintenance avec qui j’avais discuté. Petit monde ce trail... Son trail name est « Wag Daddy » (papa farceur), il est prof à Los Angeles et ne peut faire le PCT qu’en section. Je ne sais pas comment il réussit à finir sa pizza, elle aurait nourri une famille nombreuse facilement. Je le félicite sur son bel appétit, il m’explique alors qu’il finit juste sa section Oregon et qu’il a voulu, pour le dernier jour, battre son record : il vient de faire 54 miles (84 km) en moins de 24 heures... Quand il quitte le resto, il marche comme un jockey qui a fait dans sa culotte et je lui conseille un Ibuprofène avant d’aller au lit.

Mercredi 28 juillet

Bon anniversaire mon Hortense chérie, ma trail angel de Lausanne. Incroyable, depuis 3 mois et demi je n'ai eu que du ciel bleu, à part 2 jours de neige et il suffit que j'arrive dans le Washington pour que le ciel se couvre. Cet état est le plus arrosé d'Amérique, leur Bretagne à eux (désolée les bretons), du reste sa pub est « the ever green state » (l'état toujours vert), pas étonnant avec tout ce qui tombe et pas de quoi se vanter non plus. Hier soir, Tim m'a dit au revoir en me précisant que ce serait Sharon de service ce matin. Ils se partagent le boulot, lui fait le bricolage et elle les chambres. Je suis déjà installée à l'ordi de la réception quand Sharon arrive avec un minuscule bébé de 4 jours. Elle a un grand sourire mais pas le style jeune accouchée. En fait, on lui a confié ce nouveau-né en attendant son adoption. La mère est une « simple woman » me précise-t-elle. Je ne creuse pas la question du « simple », simple d'esprit ou simple de condition ? Je me demande comment travaille la DDASS du coin parce que le bébé se promène dans toutes les chambres pendant que Sharon fait les lits. Je lui souhaite une gentille famille et une heureuse vie à ce tout petit.Rudy rentre de la pêche avec son fils, portant deux énormes glacières de saumons. Il a aussi récupéré dans son fumoir une caisse de saumon en morceaux et emballés sous vide et il m'en offre un. Trail magic ! À midi je traverse la Columbia river. Le bridge of the Gods (le pont des Dieux) n’a de poétique que le nom, c’est un pont métallique avec de grandes arches et le tablier est juste un maillage de ferraille surplombant la rivière, 30m plus bas. Même sans être sujette au vertige, je n'en mène pas large, avançant à petits pas et regardant droit devant moi. Il n'y a pas de trottoir et chaque passage de voiture fait vibrer l’armature. Au milieu du pont, je quitte l'Oregon pour Washington... et le Canada. Je double quelques touristes et marcheurs et fais une pause avec trois promeneurs : Dick, son fils et une amie. Ils sont partis le matin même pour 10 jours de randonnée sur le PCT en marchant 8 à 10 miles par jour. Dick est obèse (du moins pour la France, juste un peu potelé aux normes américaines), il pesait il y a quelques années 220 kg ! Il en a perdu 100 et chaque été il marche 100 miles pour se muscler un peu.La végétation, comme le temps, change soudainement, je retrouve des fleurs connues, marguerite et pois de senteur, fougères, mousse sur les pierres et au pied des arbres. Après des forêts de pins pendant des mois, les feuillus arrivent : érables, noisetiers. Ce changement me ravit et j’accueille même avec bonheur la gentille petite pluie fine qui me rafraichit pendant la montée de plus de 1000m de dénivelé. La première fois que je marche sous la pluie depuis le Mexique, à mon avis pas la dernière.J’arrive sur une crête, le soleil apparait juste à temps pour me sécher, avant d'installer mon campement.Au petit déjeuner, j’avais piqué des toasts beurrés pour déguster le saumon de Rudy, il est délicieux, épais et moelleux, je me régale et avale mes nouilles chinoises en bonus. Il y a quelques jours j'ai cité mes correspondantes les plus assidues, parce que le hasard avait fait que, ce jour-là, j'avais un mail de chacune d'elle. Mais je dois ajouter à ce trio Isabelle de Myans et Danièle de Saint Jeoire qui, à elles deux couvrent les news de Chambéry sud comme de vraies pros du Daubé (Dauphiné Libéré) ! Merci les amies.

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Sur Les Cretes Du Pacifique

Veronique Edelweiss
Qui n'avance pas.... recule !

 

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