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Veronique - Pacific Crest Trail Journal - 2010

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Edelweiss
City: Chambery
State: Savoie
Country: FRANCE
Begins: Apr 13, 2010
Direction: Northbound

Daily Summary
Date: Sat, Jul 31st, 2010

Journal Stats
Entry Visits: 820
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Guestbook Views: 7,285
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Pacific Crest Trail Map

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Trout Creek

Jeudi 29 juillet

Un magnifique soleil rouge vient éclairer ma tente à l'aube, le ciel est clair. La petite averse d'hier était juste un clin d'œil de bienvenue dans le « Wetshington » (wet : mouillé) comme disent les américains.De la crête où je suis installée le panorama est superbe, Mont Hood au sud, Mont Adams au nord et une cotonneuse mer de nuage couvre des gorges de la rivière Columbia. Le reste de la journée se passe en forêt, presque au frais. Je change de tactique de marche, je fais des pauses toutes les 2 heures, plus ou moins longues selon l'humeur. Puisque j’ai le temps, je vais réduire un peu le kilométrage journalier pour laisser fondre la neige qui m'attend encore sur les hauteurs. J’augmente le nombre de pauses pour ne pas arriver aux campements trop tôt, 18h est largement suffisant. Il n'est toujours pas possible de trainer dehors, les moustiques moins nombreux que dans l'Oregon, sont toujours là, prêts à dévorer de la chair, même pas très fraiche. Enfermée dans la tente j’écris mon journal, ce qui me prend presque une heure en tapant avec les pouces sur ce minuscule clavier, je somnole en écoutant de la musique, je regarde mes cartes, mais pas de bouquin captivant pour passer le temps. Lors d'une pause, affalée au milieu du chemin, je vois arriver trois bombes : deux mecs taillés en armoire à glace et une nana sous un parapluie pour s'abriter du soleil pourtant pas très méchant. Trois sobo partis le 3 juillet de la frontière. On se refile des tuyaux de hikers sur les points d'eau et les motels accueillants et pas chers en ville. Ils n’ont pas de trail name. « Ce n’est pas un truc de sobo » m’expliquent-ils, « nous sommes si peu nombreux à commencer au nord ». Ah bon, dommage, c’est pourtant bien rigolo les trail names et on les retient plus facilement que les prénoms.Un des garçons me demande d'où je viens précisément en France, d'habitude je dis que je n’habite pas loin de la Suisse et ça leur suffit, il insiste et je lâche Chambéry... il connait ! Il a fait une traversée des Alpes à vélo de l'Autriche à la Méditerranée et se souvient de nos éléphants. Ce soir, je campe à côté de la Trout creek (rivière de la truite), je veux faire une grande toilette, mais les moustiques sont en embuscade et après pieds et postérieur j'ai déjà sept belles piqures, j’abandonne vite l'idée de laver le haut qui en aurait pourtant bien besoin.La journée m'a paru longue, il y a des jours comme ça où j’ai l'impression de faire du sur place et pourtant j'avance.

Vendredi 30 juillet

Contrairement à la Sierra, très protégée et qui doit rester une pure wilderness, sans panneau, sans indication et surtout sans pont, dans l'Oregon et le Washington le service des forêts est plus bienveillant et a installé des passerelles, souvent de simples troncs d'arbre avec une rampe, mais bien agréables quand le niveau de l'eau est haut comme en ce moment. Je traverse le petit pont sur la Trout creek vers 8h avec devant moi 30 km et 1000m de dénivelé. Avant la montée, je rencontre un couple de sobo, partis le 4 juillet. Après quelques phrases, je précise que je suis française et le gars me répond : « moi aussi, je suis d'Antibes » ! Yannick, barbe et cheveux frisés et beaux yeux bleus, est ingénieur et vit depuis 8 ans à Los Angels, son amie, Shirley, est américaine aux yeux bridés et fait un doctorat en psycho. Ils font beaucoup de montagne, ont gravi les 15 sommets de plus de 14000 pieds de la Sierra, le Mac Kinley en Alaska, l'Aconcagua etc. Bien partis pour être des sevensummiters ! Avant de s'installer et de faire des enfants, comme Jason et Cassandra et parce « qu'on a qu'une vie » (je crois m'entendre) ils sont partis pour deux ans dans un transcontinental triathlon. Ils ont commencé leur périple en kayak à Juneau en Alaska, ont pagayé deux mois le long de la côte jusqu'à Seattle, ont revendu le kayak et ont rejoint Manning Park au Canada pour parcourir le PCT. En novembre ou décembre, arrivés au Mexique, ils vont enfourcher leur vélo et pédaler jusqu'en Patagonie. Génial ! Quand je pense que j’ai fait le même périple dans ma jeunesse en stop, j’ai honte d'avoir été aussi flemmarde.Ils avancent à l'économie et depuis presque un mois qu'ils sont sur le trail ils n'ont pas couché une seule fois à l'hôtel. Leur dernière douche chaude date des trail angels près de la frontière. Ils se lavent dans les ruisseaux. A deux, c'est pratique, il y en a toujours un pour chasser les moustiques, pendant que l'autre s'arrose. Ensuite, ils veulent s'installer vers Chamonix et Yannick devenir guide. A propos de guide, Bob l’australien m'a dit que dans le nord de la Californie, il avait croisé un couple de français dont le gars était guide à Chamonix, ils avaient flipflopé la Sierra parce que sa femme était moins pro.Nous bavardons presque une heure. C’est agréable de parler dans sa langue. Voilà deux p'tits jeunes qui m'ont bien plu. Je rejoins ensuite une bande d'ados en stage pour observer et comprendre la nature. Deux monitrices, cartes et boussole en mains, leur vocifèrent des instructions dont ils n’ont que faire, bien trop occupés à bidouiller leur téléphone portable. Les mêmes que chez nous. Les 1000m de dénivelé s'étalent sur 12 km, pas vraiment une bavante, mais une bonne suée quand même. Surtout que des petites descentes font vite perdre les mètres à peine gagnés. Je suis à nouveau dans les pins. Depuis le début de mon PCT, quand je parle de pins, je dois préciser que ces arbres n’ont rien à voir avec ceux de chez nous, sinon la forme global et les aiguilles. Les pins des Etats-Unis sont aussi grands et gros que les séquoias, des arbres phénoménaux de plus de 30m de haut au diamètre énorme. Je les appelle « pins », traduction de « pine trees » comme disent les américains, mais ce sont peut-être des sapins dont ils ont l’allure.Au sol, la végétation ressemble de plus en plus à celle de nos forêts, mauvaises herbes, ronces et plantes très communes dont je regrette de ne pas savoir les noms. Je vois même les premiers épilobes, si communs chez nous qu'on ne les voit même plus, je les regarde aujourd'hui avec tendresse. Je campe près d'un point d'eau maigrelet, je mets une demi-heure à remplir mes deux bouteilles et aux gargouillis que j'entends à travers le sac de couchage je me demande si cette eau était bien claire. Je vais poser l'immodium sur la table de nuit avant d'aller dormir.

Samedi 31 juillet

Quelle nuit ! Non, mes intestins restent calmes, c’est la météo qui se déchaine, et pas seulement elle. Je me suis endormie aux derniers rayons de soleil et le ciel était bleu entre les arbres, mais une ou deux heures plus tard, je suis réveillée par un éclair si violent qu’il traverse mes paupières closes. Instantanément le tonnerre éclate avec un tel fracas que je crois ma tente explosée. Un déluge s’abat sur la toile, le bruit est infernal, impossible de me rendormir et je ne veux pas mettre les bouchons d’oreille pour rester en alerte et surveiller une éventuelle inondation ou un feu causé par la foudre. L’orage dure presque une heure et je reste au sec malgré l’eau que j’entends ruisseler autour de moi, brave petite tente. Assoupie à nouveau, j’entends des bruits de sac plastique qu’on froisse, je mets la frontale, regarde à l’extérieur, rien ! Sitôt recouchée, le bruit recommence et cette fois, je surprends en flagrant délit une souris qui furète dans mon sac poubelle sous l’abside. Je ferme le sac, le balance plus loin, mais cette bourrique reste dans le coin, peut-être à l’affût de mon sac de provisions que j’ai fourré au fond de mon duvet de peur qu’elle grignote la toile de tente comme avait fait le chipmunk. Entre temps, elle a appelé une copine et elles commencent une sarabande et une partie de cache-tampon entre les deux toiles. Je donne des coups de pieds et de poings dans tous les sens, sans succès, elles sont déchainées. Toutes ces émotions me donnent envie de faire un petit pipi. Là, que les chichiteuses et chichiteux passent au paragraphe suivant, la pause pipi risque de les écœurer. La nuit, je ne sors pas de ma tente parce que j’ai peur du noir, donc je pisse dans ma gamelle, ça fait lave-vaisselle après les nouilles chinoises. Ne faites pas la grimace, l’urine c’est stérile. J’ai pris cette habitude dans le Grand Nord, ce n’est pas la nuit qui me dérange alors, il fait jour, mais c’est le froid et mon amie Muriel, avec qui je partage ces escapades, trouve ma gamelle plus pratique que la sienne pour ce genre d’opération et ne se prive pas de l’utiliser. Faut-il que je l’aime ma Mumu. A la guerre comme à la guerre. Je fais donc mon petit pipi et en voulant le balancer d’un grand coup, loin devant la tente, je me prends le coude dans la moustiquaire et plouf... tout dégouline dans mes chaussures et chaussettes ! Je finis quand même par m’endormir mais il est bien tard, presque minuit, pas une heure de hikeuse, ronflant d’habitude dès 20h.Dans le registre pipi/popo, je dois avouer que je ne transporte pas de rouleau de papier hygiénique, j’utilise le bandana la nuit et le jour, j’essuie avec les moyens du bord : feuilles, mousse, cailloux… Je prévois une petite journée de 14 miles, 22 km. J’entrouvre l’abside et je retourne vite m’enfouir dans mon duvet. Le brouillard s’est installé, les grands pins ont des gueules sinistres, tout est trempé ou humide, même sous la tente. Quand je quitte finalement les lieux, il est 10 h et je suis « goretexée » du haut en bas, mes pieds font tchiaf tchiaf à chaque pas après l’incident de la gamelle. J’avance, morose, quand je découvre un gros bidon de plastique marqué « PCT hikers ». Je pense qu’il renferme, bien à l’abri, un carnet d’enregistrement. Je dévisse le couvercle, et là, trail magic, un trésor : des twix, des sneakers, des paquets de chips, des cookies, du chocolat et plein de merveilles pour hikers. Il y a aussi un carnet où il est indiqué que le remplissage de ce seau est assuré par Joanne et Greg de Vancouver, en souvenir de leur section hike de l’Oregon en 2005. Ils avaient alors eu le même genre de surprise vers Fish Lake, juste au moment où Greg voulait abandonner, ces petits cadeaux lui avaient regonflé le moral et en remerciements ils entretiennent à leur tour un bidon, génial non ? Allez donc mettre un truc pareil sur un GR en France, en moins d’une heure il est pillé. Ici, non, chacun en passant grignote ce qui lui fait plaisir et en laisse pour les autres et les promeneurs du dimanche, respectueux n’y touchent pas. Je craque pour les Twix. Le soleil revient et sur la crête suivante, j’aperçois le Mont Saint Helens à gauche et le Mont Adams à droite, encore tout entouré de brume et de nuages... À Junction Lake, pour mon campement, je suis accueillie comme pain béni par des nuées de moustiques affamés. Ce lac est ravissant, bordé d’apaisantes prairies fleuries au lieu des sapins au ras de l’eau qui assombrissent et attristent habituellement ces lieux.Bombardée de Deet, je reste au soleil et un promeneur solitaire, Jim, me rejoint pour un brin de causette. Il s’apprête à retourner à sa voiture, garée à quelques kilomètres sur une piste. Jim est venu se promener autour du lac, depuis Portland. Mon PCT l’impressionne : « you’re a strong woman », oui, je sais que je suis une forte femme ! Il a la cinquantaine et était ingénieur graphiste dans une grosse boite mais il a été licencié l’année dernière. Ils étaient une centaine à avoir reçu un soir, directement chez eux, un mail leur demandant de venir vider leur bureau le lendemain, le boulot est parti en Chine. Pour s’en sortir il a étudié les marchés financiers et vivote en boursicotant et en attendant un gros coup. Il me laisse un saucisson entier et du fromage et s’éloigne dans la forêt. Trail magic !

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Sur Les Cretes Du Pacifique

Veronique Edelweiss
Qui n'avance pas.... recule !

 

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