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Veronique - Pacific Crest Trail Journal - 2010

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Edelweiss
City: Chambery
State: Savoie
Country: FRANCE
Begins: Apr 13, 2010
Direction: Northbound

Daily Summary
Date: Mon, Aug 23rd, 2010
Entry Lat: 47.77464
Entry Lng: 121.48613

Journal Stats
Entry Visits: 989
Journal Visits: 85,246
Guestbook Views: 7,185
Guestbook Entrys: 70

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Trap lake

Baring

Samedi 21 août

Quelques gouttes de pluie matinale me réveillent juste à temps pour l’arrivée d’un couple de randonneurs qui atteignent le col tout suants. Je sors de la moustiquaire une tronche ébouriffée, ahurie et encore endormie et j’entends : « are you the French lady who crossed the Sierra in the snow » ? (êtes vous la française qui a traversé la Sierra dans la neige ?). Hike On a encore frappé fort en informant tous les gens qu’il croise de la bravoure de la frenchy qui le suit. Encore quelques temps sur le trail et je serai une véritable héroïne qui aura bravé des ours féroces, couché dans des igloos et traversé l’immensité de la wilderness toute seule comme une vraie pionnière et attention, je risque de finir par y croire moi aussi. Il est temps que Hike On retrouve sa Firefox et atteigne la frontière ! Après les papotages d’usage, je me rendors laissant tout le temps à ma tente de sécher au soleil réapparu. Je n’ai qu’une quinzaine de kilomètres pour rejoindre le col Stevens et faire du stop jusqu’à Skykomish chez les derniers trail angels du PCT. Je me prélasse dans la forêt et au bord des lacs, prenant pause après pause et souvent avec des randonneurs. Je suis en pleine discussion avec deux papys quand un grand barbu rouquin (beaucoup de rouquins chez les américains) déboule à grands pas... c'est Conductor (chef d’orchestre) que j’avais aperçu je ne sais plus où au nord de la Californie. Contents de nous revoir, nous échangeons des nouvelles des autres hikers devant les deux papys interloqués par tous ces noms bizarres : Sand Man, Bo Jangles, Yellow bird etc., le temps que je remette mes sacs il a déjà filé. Ma marche est bien ralentie par le picotage de baies sauvages, Hike On dans ses stages de survie, enseignait à ses élèves tout ce que l’on peut trouver dans la nature pour se nourrir et m’a montré quelques fruits et herbes sauvages, même les baies du sceau de Salomon sont bonnes. Arrivée dans l’après-midi au col, j’ai la surprise de retrouver Conductor qui m’attend. Il a besoin de moi pour faire de l’auto-stop, « mamie joker » en quelque sorte. Beaucoup de voitures, mais des grosses bornes orange de travaux empêchent les chauffeurs de s’arrêter, je les fais rouler 5 mètres en arrière devant Conductor affolé à l’idée que la police débarque. C’est incroyable leur respect de la loi et leur peur du sheriff ! Ce n’est pas gagné avec ce grand barbu à mes côtés, le temps s’est à nouveau couvert et pour se protéger du vent il a enfilé une cagoule verte sous son grand chapeau. Il faudra une demi-heure pour que deux petites nanas, rentrant de rando elles aussi, nous emmènent jusqu’à Baring. Comme d’habitude, quand je retrouve un General Store, j’achète ma bière et mon paquet de chips et Conductor commande d’énormes pancakes aux myrtilles. La serveuse nous indique la maison des Dinsmore, les trail angels, à quelques pas de l’autre coté de la route. Il y a déjà foule... Hike On bien sûr qui me serre un peu trop fort sur sa poitrine à mon goût... et Firefox alors ? Garrett un cycliste de 25 ans qui est parti de Floride il y a un an et arrive bientôt à Seattle, Light Foot, un section hiker vieux et pas sympa et un couple de jeunes charmants qui parcourent juste Washington : Gwen et Wildman. Jerry et Andrea Dinsmore ont aménagé un immense hangar à côté de leur maison, avec fauteuils dépareillés, matelas hors d’âge, coin cuisine, ordinateur et vieille télé. On se pose où on peut, les premiers arrivés sont les mieux servis. Jerry travaillait dans la mécanique à Seattle, à la retraite, le couple s’est retiré dans ce bled en pleine cambrousse et pour voir du monde et aider les randonneurs qu’ils rencontrent au magasin, ils sont devenus les trail angels du nord Washington. Cette nuit, nous sommes sept à avoir trouvé un bout de matelas dans le garage des Dinsmore

Dimanche 22 août

Je me suis enfermée dans mon duvet à 20h hier, avec bouchons d’oreille et bandana sur les yeux et j’ai roupillé sans souci. Ils n’ont éteint les lumières qu’après minuit et se sont bien amusés à me voir dormir aussi sereinement. Aucun n’ose me dire si j’ai ronflé.Entre ici et le magasin-restaurant-poste-brocanteur, le « almost world famous Baring store » (le presque mondialement connu magasin de Baring), il y a la route et une voie ferrée, sans passage à niveau et les trains cornent comme des bêtes au moins un mile avant d’arriver, mes compagnons ont tous été réveillés plusieurs fois dans la nuit. Nous allons prendre le petit dej' au magasin, tous les clients s’asseyent ensemble autour de deux grandes tables et discutent. Le dimanche matin, les joueurs de dés s’adonnent à leur passion et ils se bousculent gentiment pour nous laisser de la place. Je reste pour un 0 day et peut être pour un autre demain, il pleut et je suis aussi bien dans un hangar que sous ma tente. Jerry, un cigare coincé entre les dents m’emmène à Skykomish, le bled voisin pour faire des provisions, le petit magasin de Baring n’offre pas grand chose. J’achète mon lot de nouilles chinoises, de jerky et d’amandes. Je prévois sept jours pour la prochaine étape et le sac est alourdi de 4 kg de provisions. En 2003, des inondations ont emporté les ponts sur les rivières et des glissements de boue ont recouvert le chemin. Un détour a été aménagé par le Forest service, mais de l'avis de tous et surtout des sobo, il est bien pire que le PCT, je vais donc faire comme les autres et prendre le chemin original sur lequel quelques équipes de maintenance travaillent. Je passe une bonne heure dans le hangar, à discuter avec Jerry, qui rallume inlassablement son bout de cigare. Après un moment il me dit : « c’est drôle tu as le même accent que mon ex-femme », je lui demande « ah oui, elle était de Boston ? », étonné Jerry me répond : « de Boston ? Pourquoi ? Non non elle était allemande » ! J’éclate de rire, il n’a pas compris. En fin d’après midi, je retourne au General store pour me faire un dîner de Huckleberry pancakes quand un jeune barbu débarque : « hi Edelweiss, how are you today ? ». Il me renseigne tout de suite sur le lieu de notre rencontre, heureusement. C’'est lui qui m’avait sortie de mon lit alors que je dormais tranquille dans le refuge de pierre du John Muir pass, il y a presque 3 mois. Je me souviens de son étonnant trail name : Furniture (mobilier). Jerry vient nous rejoindre, la serveuse Felicia s’assoit avec nous et nous papotons tous les quatre comme de bon vieux amis. L’Amérique profonde, j’adore !

Lundi 23 août

J’ai enfin compris d’où Furniture tient ce bizarre nom de trail : il est ébéniste. Originaire de Boston (le meilleur accent des US mais pas le mien hélas), il a appris le métier là-bas. Il est spécialisé dans des copies de meubles « early America » du 18ème siècle. Il s’est installé à Portland depuis quelques années pour voler de ses propres ailes, un peu à l’écart du reste de la famille. Nous prenons le petit déjeuner ensemble, à la table des vieux habitués. Felicia est ravie, ses trois mômes font leur rentrée des classes. Même soulagement pour toutes les mères du monde.Le ciel semble s’éclaircir mais je me prends un deuxième 0 day, Jerry est tellement sympa avec son cigare vissé au bec, sa grosse bedaine et son humour. Andrea est patraque et Jerry vient au General store avec moi pour le déjeuner. Pour les 200m à parcourir, il prend sa voiture ! Les plaques minéralogiques de leur véhicule respectif sont « PCT MOM » et « PCT DAD ». Aux Usa, pour 35 dollars par an, l’automobiliste peut choisir l’inscription de ses plaques. Andrea vient me rejoindre sur la pelouse du jardin, elle a mon âge et était éboueuse. C’est elle qui conduisait le camion. Après quelques mots, elle se met à pleurer en m’expliquant que c'est l’anniversaire de la mort de son fils unique, mort en deux jours d’une grippe, l’année dernière. J’en ai les jambes tremblotantes et je la serre bien fort dans mes bras pour essayer de la soulager un peu. Clint, nom de trail Iron Man, encore un rouquin aux yeux bleus, arrive, il a fini le PCT mais au lieu de rejoindre les USA par le Canada, il a repris le trail dans l’autre sens jusqu’ici. Il a marché une demi-journée avec Simon, l’anglais sympa qui recousait son sac à la machine à Lee Vining. Il a fini en 99 jours ! Le record de l’année certainement. Je pensais passer une soirée bien tranquille avec ce sympathique Iron Man, quand la foule est arrivée. Le jeune Graduate tout d’abord, du New Jersey, au look si ambigu que c’est en voyant ses mollets poilus que j’ai compris que c’était un mec. Et puis un affreux petit vieux de 58 ans, Big Daddy, un moulin à parole redoutable, la terreur du trail que tout les hikers fuient. Et enfin deux couples de section hikers, légèrement plus vieux que moi, Indiana et Slow Jo et Time Check et Backpack 45. Ces derniers ont fait, au printemps, le chemin de Saint Jacques, du Puy à la frontière espagnole. Dans la nuit, deux jeunes israéliens, Hot Pants et Tom passent encore la porte. Le dortoir fait le plein, il est temps que je reparte.Clint m’a prévenue, la prochaine étape est magnifique (c’est toujours comme ça, la prochaine est toujours plus belle que la précédente) et très dure avec de belles grimpettes. Dans la soirée, je fuis le hangar où personne n'a encore osé faire taire l'intarissable et irritant Big Daddy et je rejoins Jerry dans son garage juste à coté. Pour une bricoleuse c'est un paradis. Tous les outils possibles parfaitement rangés, des tiroirs de vis de boulons bien étiquetés, il est très fier de me faire visiter son domaine. Je veux en savoir plus au sujet de cette épouse allemande. L'a-t-il connue en faisant son service là-bas ? Pas du tout, en fait c'était déjà sa 3ème épouse (Andrea est la 4ème et dernière en date). Il l'avait rencontrée dans un cours de danse. Je n'aurais jamais pensé que Jerry pouvait être un tel tombeur et encore moins qu’il s'intéressait à la danse de salon. Il n'a vraiment pas le physique de l’emploi. Vers 22h, je retourne au dortoir, Big daddy sévit toujours devant un public de hikers somnolant. Je lui précise que c'est l'heure du couvre-feu et tout le monde en profite pour se mettre au lit. La prochaine étape me mène au bord d’un lac, à Stehekin, auquel aucune route ne conduit. Le bled est accessible à pied depuis le PCT à l’ouest, ou par ferry à l’est. Seul le téléphone par satellite passe.

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Sur Les Cretes Du Pacifique

Veronique Edelweiss
Qui n'avance pas.... recule !

 

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